Cette semaine était semaine de fête à Montréal. Au Marché Bonsecours de la rue St Paul, il y a eu quatre jours de défilés, de party et de bain de foule.
Un phénomène a marqué cette édition, non seulement une horde de blogueuses a envahit la place, mais la SMM était ouverte au public. Résultat: nous étions plus nombreux que les dernières années. Ceci dit, l’événement est devenu plus gros que nature, et a suscité l’intérêt de gens qui n’avaient même pas conscience qu’il y avait une semaine de la mode depuis des lustres à Montréal. C’est bien pour la santé de la mode au Québec, mais ce l’est moins pour effectuer son travail dans un endroit paisible.
Au Québec, il y eu les années «finissants en design» où les créateurs en mettaient tout simplement trop, ce qui tournait parfois les défilés au ridicule. C’était ça ou c’était le contraire, trop vieux, trop simple, trop… Je me souviens à ce moment, je me demandais pourquoi les créateurs québécois ne suivaient pas les grandes tendances. S’intéressaient-ils à la mode internationale?
Aujourd’hui, ils s’y intéressent. Tellement, qu’ils reprennent les tendances, mais seulement une fois qu’elles sont devenues populaires, deux ans plus tard.
Je m’explique: on a vu des épaules ornementées, de la paillette, du militaire, des couleurs chair. Hello 2008!! Malgré tout, j’ai aimé. Parce que c’est bien d’encourager les québécois et parce que certains peuvent dorénavant compétitionner avec des labels comme Elizabeth and James ou French Connection dans le commercial on s’entend.
Eve Gravel
Des femmes chat, quelle bonne idée! La direction et le thème ont été tenus d’un bout à l’autre. Et la marinière aux rayures inégales (tie dye), la robe fluide à imprimé léopard et les pantalons à coupe carotte sont franchement des pièces clés. Bien de son temps, Eve a accessoirisé à l’aide de fines ceintures, de bérets, de nattes et d’oreilles de chats (on se rappelle des oreilles de lapins en dentelle de Maison Michel qui ont influencé les plus grands à faire pareil).

Eve Gravel
Bodybag by Jude & J.U.D.E.
Les body blousants portés pantless, c’était pour le show, car on sait tous qu’un body est la chose la plus pratique quand on est adepte du haut rentré dans la jupe ou le pantalon. Le savant mélange de structuré et de drapé, ainsi que les robes et jupes très Mad Men devraient être sur la liste shopping des «jeunes urbaines professionnelles émancipées», c’est compris?

Bodybag by JUDE

J.U.D.E.
J’en aurais pris plus: la combi à carreaux et le bleu pâle, on en veut, du pastel, même en automne! Et je suis tombée en amour avec les deux robes en tissu accordéon, tellement simple et tellement élégant.
Melissa Nepton
J’aime Melissa Nepton, on voit qu’elle a fait ses devoirs côté stylisme. Des hauts amples, l’utilisation de chaînes comme accessoires, beaucoup de gris et de noir et un peu de cuir. Le plus: des leggings et manches en tricots à mailles très lâches (un genre de coton fromage) servaient à couvrir la peau. Une belle carrière attend la finaliste de La Collection.

Melissa Nepton
Le retour de Nadya Toto
Féminin à souhait, du gris, du rose, de la dentelle et du lurex. Nadya Toto n’a pas raté son retour. Mais encore et toujours, les épaules ornementées, l’asymétrie, les volants et la dentelle, on a rien vu de neuf. Bravo pour les robes body con et les collants de même couleur que les robes, on aime la simplicité.

Nadya Toto
Un des deux défilés qui a fait courir les foules: Marie Saint Pierre.
J’ai eu peur au début en voyant les tissus fripés, peur que la légendaire designer nous balance encore et encore son classique. Mais une chance, ce n’était (sûrement) que pour satisfaire l’appétit de ses bonnes clientes qui aiment les vêtements fripés «parce que c’est pratique quand tu pars en voyage». Une collection de gris, de beige et de noir en majorité. Simple, chic et sexy par ses coupes ajustées. Quelques petites épaulettes (again and again) et… des saucissons encombrants en guise d’accessoires. De toute évidence, ils ne m’ont pas plu, mais ça ne se discute pas. J’aurais aimé voir plus: des robes longues et du bleu nuit. Sur la liste shopping: les magnifiques manteaux blancs, l’un coupé ample et l’autre coupé ajusté. Somme toute, belle collection.

Marie Saint Pierre

Marie Saint Pierre
Helmer
Un défilé joyeux pour aider Haïti, belle initiative. Jolis brocards et motifs arlequin hyper colorés (ce qui m’a rappelé la première collection que le designer avait présenté à la semaine de la mode). C’était ethnique, géométrique, et très gai. Sur la liste: la robe longue taille empire que notre Anne-Marie avait le plaisir de porter.

Helmer
Coccolily
Coccolily, c’est le Betsey Johnson commercial, celui qu’on voyait il y a quelques années, avant qu’elle n’évolue un peu. On a vu de la crinoline, de la dentelle, de la dentelle, de la dentelle, de la boucle et des moues irrévérencieuses à la tonne. Et malgré ce déjà vu, j’ai apprécié un vent de jeunesse sur Montréal. Un défilé qui réveille par sa musique rythmée et ses démarches solides (par contre on repassera pour les chorégraphies lors des entrées et sorties des mannequins). Cette ligne va sûrement plaire aux plus jeunes. Je recommande certaines des robes pour les bals de finissants, mais pas toutes ;).

Coccolily
Harricana
Je lève mon chapeau au stylisme d’Harricana, les accessoires étaient soigneusement choisis, et pour l’ambiance chalet chic, ce fût un franc succès. Le mélange des pantalons techniques avec talons hauts pour un look après ski bourgeois m’a séduit. Les robes de mariée recyclées portées avec des richelieus blanc donnaient l’allure sixties par excellence. Sur la liste shopping: un manteau cape (en fourrure recyclée j’imagine), magnifique.

harricana
BarilÃ
Barilà avait l’allure garçonne et rock’n'roll. NÅ“uds papillons et bottes de combat agrémentaient les tenues très influencées par ce cher Decarnin pour Balmain. Mini-robes, vestes ajustées, pantalons étroits, hauts amples et tissus scintillants et lamés étaient au rendez-vous, par contre dans des bleus électriques, et ça c’était magnifique.

BarilÃ
Le clou: Denis Gagnon
Et pour clore la Semaine de la mode automne 2010, on a fait appel au nouveau designer vedette du Québec, Denis Gagnon. Je crois que son passage à Tout le monde en parle a créé un hype, peut-être un peu trop gros, parce qu’au marché Bonsecours, jeudi, c’était difficile de rester zen tant pour les convives que pour les organisateurs. Après une heure de retard, le défilé a ouvert sur la bande-annonce du docu le mettant en vedette: Je m’appelle Denis Gagnon. Ça nous a mis l’eau à la bouche. Le défilé? Je me souviens que Barbara Atkins (la guru de la mode au Canada) m’a dit un jour: «Si tu aimes la musique, tu vas aimer le show». Est-ce que le contraire s’est produit? Je n’ai pas aimé la musique en partant, j’attendais vraiment une deuxième partie. Alors, non, mon coeur n’a pas fait trois tours et mon souffle n’a pas coupé quand la première fille à mis le pied sur la passerelle, mais tout de même, merci à Denis pour la nouveauté. J’étais très curieuse de voir ce qu’il ferait encore avec des fermetures éclair et j’ai été charmée. Le simple fait de les choisir or et non argent a fait toute la différence. Les franges étaient partout! Les robes peu portables parce que transparentes (les franges n’étaient pas fixes) auraient été déchaînées sur de la musique rock. Un thumbs up pour l’utilisation du cuir brun agencé au noir. Sur la liste: les ma-gni-fi-ques gants de cuir et le petit sac à dos à la Alexander Wang, mais version fourrure.

Denis Gagnon
Crédit photo: Jimmy Hamelin
PUBLIÉ DANS Mode
TAGS Alexander Wang , barila , Bodybag by Jude , coccolily , Denis Gagnon , Elizabeth and James , Eve Gravel , French Connection , helmer , http://www.harricana.qc.ca/fr/ , J.U.D.E. , Mad men , Marie Saint-Pierre , Melissa Nepton , Nadya Toto , Semainde de la mode de Montréal